LOI DE GRESHAM
Principe économique selon lequel « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». Lorsque deux monnaies circulent simultanément avec un cours légal imposé, les agents économiques tendent à thésauriser celle qui conserve sa valeur et à dépenser en priorité celle qui se déprécie. La monnaie de moindre qualité domine alors les échanges, tandis que la monnaie supérieure disparaît de la circulation.
Ce phénomène a été formulé par le financier anglais Thomas Gresham en 1558, dans une lettre à la reine Élisabeth I, pour décrire l’état de dégradation des pièces d’argent anglaises résultant du Grand Avilissement conduit sous Henri VIII et Édouard VI (1544–1551). On l’observe historiquement chaque fois qu’un État impose une parité artificielle entre deux formes de monnaie : les pièces à forte teneur en métal précieux sont fondues, exportées ou thésaurisées, tandis que les pièces altérées continuent de circuler.
Dans le contexte de Bitcoin, certains invoquent la loi de Gresham pour expliquer pourquoi les bitcoiners préfèrent dépenser des monnaies fiat, perçues comme se dépréciant, plutôt que leurs bitcoins, perçus comme s’appréciant. Selon cette lecture, le bitcoin joue le rôle de « bonne monnaie » thésaurisée, et les monnaies fiat sont dépensées en priorité, ce qui renforce le rôle de réserve de valeur du bitcoin au détriment de son usage comme moyen de paiement.
Toutefois, cette application est contestée. Au sens strict, la loi de Gresham suppose un cours légal imposé ou un taux de change fixe entre les deux monnaies, condition absente entre le bitcoin et les monnaies fiat qui s’échangent librement sur les marchés. De plus, d’autres facteurs, plus prosaïques, expliquent pourquoi le bitcoin est peu dépensé : dans de nombreuses juridictions, chaque dépense en bitcoin constitue un événement fiscal soumis à l’impôt sur les plus-values, ce qui décourage son utilisation courante ; par ailleurs, le nombre de commerçants acceptant le bitcoin reste très limité, rendant son usage en paiement simplement peu pratique.